Swoon, courant alternatif


par Mediapart

Armé de son flingue et de ses pinceaux, l'artiste révolutionnaire Diego Rivera affirmait en 1921 qu'un « peintre qui ne ressent pas d'affinités avec les aspirations du peuple ne peut pas produire une œuvre durablement valable. (…) Un art coupé des objectifs pratiques n'est pas un art. » Quartiers pauvres et faillite industrielle des États-Unis, mur de séparation en Palestine, ravage du tremblement de terre en Haïti, femmes tuées de Ciudad Juarez (Mexique), destruction de l'environnement : Swoon développe depuis une quinzaine d'années une œuvre alternative et engagée auprès des invisibles et des luttes contemporaines.

L'œuvre de Swoon est relationnelle. Le mur de séparation opprime les Palestiniens ? Swoon y peint des fresques de résistance dans le cadre du projet Santa's Ghetto de Banksy (2008). New York s'est fait balayer par l'ouragan Sandy (2012) ? Elle peint un mur XXL en hommage aux victimes en collaboration avec l'association Groundswell et des jeunes en réinsertion partis à la rencontre des victimes de la catastrophe naturelle. En Pennsylvanie, la ville de Braddock a perdu sa production d'acier et emprunte le sort de Detroit ? L'artiste s'y investit pour y créer des projets artistiques et sociaux avec les communautés et associations locales. Haïti est ravagé par un séisme (2010) ? Swoon et son collectif Konbit Shelter construisent des maisons antisismiques et artistiques, inspirées de l'architecte iranien Nader Khalili, dans le village Barrière Jeudy. Le système D n'est pas condamné à l'esthétique low cost...

« Les pensées guident les actions des gens. Tout ce qui peut provoquer un dialogue entre les cultures et les activités peut changer le monde. Avec mes projets, j'essaye de créer des alternatives, de créer du lien entre les personnes. » Quand son pays est en mode guerre contre le terrorisme et Tolérance 0, Swoon et une bande de 75 artistes, performeurs et marginaux larguent les amarres, laissant derrière eux la vie citadine, partant plusieurs mois sur des radeaux Do it yourself inspirés des Floating Neutrinos, autant de sculptures, d'autels et d'espaces de vie nomades et alternatifs, à la recherche de rencontres aléatoires. Ce projet inédit de micro-villes flottantes sera remixé plusieurs fois par l'artiste, jusqu'à traverser la mer Adriatique en 2009 pour investir illégalement les canaux de Venise et pirater la 53e Biennale d'art contemporain.

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