Liu Bolin, invisible artiste-peint

7 AVRIL 2012 | MEDIAPART | PAR HUGO VITRANI

« Les temps durs font des gens durs », déclarait l'ancien dirigeant chinois Zhou Enlai. L'histoire rouge sang de la Chine a enfanté des générations d'artistes engagés, comme Liu Bolin, né en 1973 dans la province du Shandong, ancien assistant du sculpteur Sui Jianguo. C'est en se camouflant à la manière d'un caméléon dans des décors hautement symboliques qu'il dépeint les rapports de domination entre l'individu et les pouvoirs politiques et économiques. Exposé à la galerie Paris-Beijing et à Toulouse pour le festival Made in Asia, Liu Bolin, habitué à rester dans l'ombre de son œuvre, nous a accordé un entretien pour lever son masque pictural, en V.O. sous titré:


Liu Bolin: invisible artiste-peint par Mediapart

La force de frappe du pouvoir chinois, Liu Bolin en a fait l'expérience en 2005 avec la destruction de son atelier assortie d'une interdiction d'exposer dans son pays. L' artiste exproprié a répondu par un invisible bras d'honneur au pouvoir en se photographiant prenant la pose peint en trompe-l'œil pour faire corps avec ses ruines. Ce premier volet d'une longue série d'interventions (Hide in the City) pose les règles d'un mode opératoire inédit. Récusant les trucages de post-production numérique, le processus artisanal est méticuleux lors de chacune de ses performances in situ ou en studio : il faut parfois plus d'une dizaine d'heures pour que des assistants recouvrent l'artiste de peinture, du visage aux chaussures sans épargner son costume militaire col Mao. Sous le contrôle de l'œil précis de Liu Bolin aidé par un retour image sur ordinateur portable pour traquer les imprécisions dans la reproduction millimétrée des motifs, au pinceau.

Place Tian'anmen, murs tagués de propagande communiste, ruines de maisons expropriées, Ground Zero : le choix du cadre des interventions est stratégique. En se laissant envahir par les décors et leur charge symbolique, l'artiste casse les perspectives pour en ouvrir de nouvelles.

« Je documente notre monde à travers mon travail, je montre à quel point la société qui m'entoure change et évolue. Chaque œuvre d'art est nourrie par son environnement et en porte l'empreinte. S'il n'y avait pas un vide spirituel et culturel causé par le développement forcené de la Chine, mes installations photographiques n'auraient pas lieu d'être, et c'est bien pour cette raison que mes œuvres attirent l'attention. Ce n'est pas un hasard si mes œuvres sont apparues dans la Chine contemporaine. La pression sur la pensée et le développement économique sans limite sont l'essence de cette série photographique. Au départ je m'appuyais sur un pouvoir récalcitrant. Pourquoi mon destin était-il si douloureux ? Mais quand j'ai dépassé ce sentiment j'ai découvert que je n'étais pas tout seul, tous les gens autour de moi affrontaient les mêmes problèmes. La Chine fait face à une période délicate : avant elle n'avait rien et aujourd'hui elle a tout, la pensée et la réflexion sont rares, tout est encore à la phase initiale, chacun se sent en insécurité et cherche sa place dans la société. »

La place de l'individu dans la Chine communiste, on la retrouve dans cet écrit de Li Yutang qui résume, en 1937, toute la puissance de ce que représente aujourd'hui l'œuvre contemporaine de Liu Bolin : « Nous avons tué “l'âme”, mais nous nous sommes créé des milliers de termes sociopolitiques (révolutionnaires, contre-révolutionnaires, bourgeois, capitalistes-impérialistes) qui tyrannisent nos pensées et nous avons créé des êtres comme la “classe”, le “destin” et “l'Etat”. Nous procédons logiquement pour transformer l'Etat en un monstre qui avalera l'individu. »

C'est cet individu devenu aliment d'un Etat-ogre philanthropique que dépeint Liu Bolin à chacune de ses interventions. Un état qui digère mal ses dissidents, comme Ai Weiwei, Liu Xiaobo ou Liao Yiwu (à lire ici, ici, ici et là sur Mediapart).

Fièvre rouge

Artiste émergeant sur la scène internationale, Lui Bolin vit toujours à Pékin et n'a pas (encore ?) rejoint l'importante diaspora d'artistes chinois. C'est la raison pour laquelle il reste discret, préférant faire circuler ses œuvres plus que ses rares paroles. « J'ai toujours exprimé ma vision du monde à travers mon travail, parfois cela ne me demande aucune explication, une œuvre devrait parler d'elle-même, mais un artiste doit également expliquer son œuvre. Si l'on m'entend peu à propos de mon travail, c'est pour éviter les ennuis. »

Silencieuses, les compositions de Liu Bolin ciblent les faiblesses des individus – toujours solitaires même dans le collectif – et leur aptitude à subir sans se rebeller, participant eux-mêmes au système qui les écrase. Dans l'œuvre n°18 (2006), la rangée de chômeurs alignés façon exécution se fond dans les murs bicolores crasseux, marqués du slogan « La force essentielle qui dirige notre carrière est le Parti Communiste. »

La critique amère du régime, on la retrouve dans les premières sculptures de l'artiste : des poings rouges – parfois tagués – qui frappent le sol devenu socle, des enfants embrigadés par des mains qui recouvrent les regards. Ou cette rangée poignante d'individus sans tête – corps rouges et costumes militaires de rigueur – qui s'aveuglent entre eux pour ne pas dévier de l'impasse dans laquelle ils se dirigent. « Notre culture écrase les pensées des gens pour réduire leur réflexion. J'explique ainsi cette œuvre : tu penses couvrir les yeux d'un autre, mais tu as toi-même les yeux masqués par un autre. Ce n'est pas uniquement dû au système social mais surtout au problème de la culture chinoise. »

Le for intérieur rouge dénoncé par Liu Bolin, on le retrouve dans ses Hommes feuilles : « (Ils) consistent à faire disparaître les individus – par la peinture – dans des tournesols. Les individus sont alors réduits au même état : les tournesols ne peuvent grandir que grâce au soleil rouge. C'est une manière pour moi d'exprimer l'endoctrinement rouge et le lavage de cerveau qu'exerce la Chine sur son peuple. »

Les jeux de mains et de regards ne sont pas absents des photographies de Liu Bolin. En témoigne l'unique série où les corps se confondent : l'artiste-peint est pris entre les mains fermes d'un policier. Regard droit et yeux ouverts, il n'a pas besoin d'être peint : son uniforme officiel recouvre à lui seul son identité dévouée au pouvoir.

Quant aux rares contacts entre les individus, Liu Bolin en révèle les tensions dans ces portraits où les corps fusionnent avec les drapeaux rouges lacérés graphiquement de la faucille et du marteau ou des étoiles jaunes de la Chine. Dans l'œuvre n°44 (2006), un individu embrigadé (sa tête est empreinte du logo du PC) étrangle sans difficulté un marginal (son corps, bien que recouvert de rouge, est placé en dehors du logo). Même idée pour ces portraits de familles où les générations se succèdent sans révolte apparente. Pourtant, dans l'œuvre n°54 (2007), un regard ouvert fixe droit l'objectif malgré la couche de peinture sur son visage. Il s'agit du cadet de la famille. Signe d'espoir ?

« En réalité cet enfant ne voulait pas fermer ses yeux, et malgré mes efforts je ne pouvais pas le forcer. J'ai alors réalisé que je pouvais utiliser cet élément comme un symbole : garder les yeux ouverts peut représenter une nouvelle possibilité. Les enfants n'ont pas encore vécu assez longtemps dans cette société et n'ont pas encore été entièrement pollués par elle. Cela peut représenter, dans mon travail, la recherche d'un espoir dans l'avenir. »

Amnésie collective

L'espoir lié aux Jeux olympiques de 2008 à Pékin ? Très peu pour Liu Bolin qui en a profité pour se fondre dans les affiches publicitaires et dans le controversé « nid d'oiseau », prouesse architecturale conçue par les Suisses Herzog et de Meuron, avec l'aide de l'artiste dissident Ai Weiwei (qui in fine a condamné ce projet).

« Les JO ont amélioré l'image de la Chine, mais les gens savent à peine qu'ils ont été organisés avec l'aide du pays dans son ensemble, avec son peuple. La préparation des JO a donné une bonne excuse à la Chine pour éviter que les gens ne réfléchissent sur eux-mêmes. L'obsession de ce compte à rebours avait excité la Chine comme après une prise de drogue. A mes yeux, tout ce qui s'est passé était un prétexte, un prétexte pour que tous les groupes d'intérêts en tirent profit. »

Sévère à l'égard de son peuple qui souffre « d'amnésie collective » (Tu Wei-Ming) et « donne l'impression d'une histoire muette et aveugle » (Ross Terrill), Liu Bolin n'épargne pas non plus, de façon plus générale, nos sociétés contemporaines. Au fil des voyages son œuvre se globalise et dépeint la course au développement économique, nos sociétés de sur-consommation et nos constructions qui envahissent la nature. Mi-pierre mi-végétal dans son œuvre n°51 (2007), le corps de Liu Bolin se confond dans le béton d'une autoroute (son buste) et l'air du ciel (sa tête). A trois reprises, Lui Bolin a brouillé les lignes répétitives des rayons de supermarchés, présentoirs de noodles made in China et des sodas américains.

Dans son œuvre n°53 (2007), Lui Bolin se fond dans la terre, révélant la désintégration de la nature par les constructions en contrechamp suggérées par des grues. « (Cette œuvre) a été réalisée sur le cours du fleuve Chaobai, à la limite entre Pékin et la province du Hebei. Juxtaposer les chantiers de construction au loin et le cours du fleuve asséché est pour moi une façon d'exprimer mes doutes quant au développement de la Chine. »

Attentif, Liu Bolin regarde le monde et n'hésite pas à placer son espoir dans la figure d'Obama, qu'il avait calciné dans sa série d'autodafés (des sculptures en acier qui prennent feu, devenant rouges) à l'occasion de sa venue en Chine.

« Dans Burning Obama, l'usage du feu – dont l'interprétation varie selon les personnes – interpelle beaucoup. En réalité, je souhaitais que cette œuvre exprime quelque chose de très positif. Il y a un livre qui s'appelle Comment l'acier est fondu et qui a influencé plusieurs générations de Chinois. De même, il y a un proverbe ancien qui dit que l'or véritable ne craint pas la fonte par le feu. Cela signifie que du moment que quelqu'un a de la persévérance, des capacités, et qu'il ne craint pas les épreuves, ou si quelqu'un veut réussir, il doit surmonter ces difficultés. Obama est arrivé à la présidence des Etats-Unis fin 2008 en pleine crise économique et mondiale. Il fait face à d'importantes épreuves et doit fournir beaucoup d'efforts pour parvenir à des résultats. De plus, que l'Amérique, pays gouverné majoritairement par les Blancs, ait pu élire comme président un homme noir, c'est un signal envoyé au monde : un signe que le monde va changer radicalement !

Lost in art ?

« Je suis un artiste libre. Avant, j'enseignais l'art dans une université. En Chine, j'ai lutté pour la liberté d'expression artistique, j'ai combattu pour mon destin. Aujourd'hui, je vis dans un quartier d'artistes à Pékin. Je savoure chaque jour de travail où je peux réaliser mon œuvre. Avec la série Hiding in the city j'ai pu m'émanciper des contraintes de ma vie quotidienne. Peu après mon arrivée à Pékin, l'art contemporain s'est développé discrètement jusqu'à ce que le quartier 798 soit reconnu internationalement. La scène artistique chinoise contemporaine a profité du développement économique du pays et m'a laissé une place pour survivre. Mais j'affronte encore des problèmes avec mon statut d'artiste ; auparavant, je subissais les pressions du gouvernement, et maintenant je perds mon obsession artistique car je vis très confortablement. »

Et puisque la tendance est forte, les artistes chinois n'échappent pas à l'envie warholienne de faire tourner la planche à billets verts. Pour sa part, Bolin n'a pas hésité à se frotter à la publicité et aux grandes marques, sans faire de distinguo entre ces interventions et son travail personnel. Il a ainsi collaboré avec la maison d'horlogerie Oris ou la Société générale (voir la vidéo). Dans sa précédente exposition Lost in Art à New York, Liu Bolin présentait une série de camouflages appliqués sur des créateurs de la haute couture.

La série serait plus efficace sans l'affichage du logo du magazine féminin Harper's Bazaar en tant que partenaire. Alors lorsqu'on lui demande s'il ne prend pas le risque de détruire la portée de son œuvre, Lui Bolin répond, plus longuement que d'habitude :

« Cela ne m'inquiète pas, lorsque je crée une œuvre, quelle qu'elle soit, elle a toujours sa propre origine artistique. Lorsque je travaille avec des marques de mode et que je fais disparaître leurs créateurs dans leurs propres œuvres, je parle en réalité du destin des personnes. Tout comme les alpinistes qui meurent au sommet d'une montagne ou les marins noyés dans la mer, les créateurs disparaissent dans les marques qu'ils ont mis une vie entière à créer. C'est aussi une chance en quelque sorte. Si le public s'inquiète pour moi, c'est uniquement parce qu'il s'agit de marques célèbres. Mais lorsque je faisais disparaître un chauffeur – au noir – de taxi chinois devant sa voiture, ou un vendeur de galettes fourrées qui avait fait ça toute sa vie devant son échoppe, c'était la même idée. Mais ces personnes n'étaient pas célèbres, donc ça n'avait attiré l'attention de personne. C'est la seule différence. »

Désormais plongé au cœur du marché de l'art, Liu Bolin se serait-il lui aussi fait avaler comme les sujets de ses performances ? En avril dernier, exposé en Russie (avec la Société générale en sponsor), Liu Bolin a voulu se peindre sur la place Rouge lors du vernissage. N'ayant pas obtenu l'autorisation nécessaire, il s'est fondu dans un kiosque à journaux, hommage à la liberté d'information qui y est si menacée.

Lors de sa furtive virée parisienne pour son exposition chez Paris-Beijin, Liu Bolin s'est invité sur la plateau du JT de France 3. Ciblant les tensions et les luttes actuelles, Liu Bolin s'est fondu dans les décors bleus scintillants de l'information télévisuelle et les camouflages kakis d'un soldat envoyé au Mali, non loin d'une photographie dominée par le rose des manifestants pro mariage pour tous.

__________

Version anglaise :

Liu Bolin, China's invisible artist, on how they 'killed the soul'

Liu Bolin belongs to a new generation of dissident artists that have emerged in China in recent years. Born in Shandong province, in north-eastern China, in 1973, he has developed an unusual, striking art form in which he pictures himself merging with his surroundings like a chameleon.

His art is a double play on visibility and invisibility and the surroundings he chooses are symbolic. The artist disappears, melting camouflaged into the scene, an act representing the repression of individuality by state power.

Liu’s work deals with individuals faced with forces far greater than themselves. In 1937, Chinese writer Lin Yutang summed up the place of the individual in Chinese society in a way that resonates in Liu's work today.

"We have killed the 'soul'," Lin wrote, "but we have created for ourselves a thousand-odd social and political slogans (revolutionary, counter revolutionary, bourgeois, capitalist-imperialist, escapist), which tyrannise our thoughts, and have created similar beings like the 'class', the 'destiny', and the 'state', and we proceed logically to transform the state into a monster to swallow up the individual."

This image of the individual being devoured by the state is at the core of Liu’s art (Click on screen below for a presentation of his works).

A saying from former Chinese Premier Zhou Enlai, "Tough times make for tough people", is apt in Liu’s case. In 2005 his workshop was ransacked (see video above) and the authorities banned him from exhibiting his work in China. Liu photographed himself in trompe-l'œil against the backcloth of the ruined workshop, an invisible gesture of defiance aimed at Beijing.

This work is the first in a long series called Hide in the City, which broke new ground in using digital post-production special effects. The process also involves a long, meticulous preparatory period, either in situ or in a studio.

It can take as long as ten hours for assistants to paint the camouflage on the artist, from head to toe, including over his military outfit with its Mao collar. Liu controls the process, using a portable computer or I-pad to check any faults in following the pattern of his chosen background, and rectifies it with brush-strokes.

The artist has used Tian'anmen Square, walls painted with Communist slogans and the ruins of houses whose owners have been expropriated, as backcloths for his work, all strategic choices in terms of his approach. He allows their decor and symbolism to overwhelm his own physical presence, thereby breaking down conventional perspective and opening up new vistas.

"I’ve been documenting our world with my work, documenting how the world around me develops and evolves," Liu said in an interview with Mediapart, which was conducted by e-mail (1). "At the beginning when I started to create Hiding in the City, I was relying on a recalcitrant power. Why was my fate so hard? But when this feeling had been released I found I was more than just myself. Everyone around me was facing the same trouble.”

"China is experiencing a period of moving from having nothing to having everything,” he continued. “Thinking is very scarce, everything is still at the initial stage, and everyone feels insecure and is trying to find their own space in this society."

"In China, nothing can be seen through completely"

Although Liu is now becoming known internationally, he still lives in Beijing and has not – at least not for now – joined the large Diaspora of Chinese artists. This is one reason why he maintains a low profile, mostly letting his works speak for him.

"My point of view of the world has always been expressed through my work,” he told Mediapart. “Sometimes it needs no explanation, the work itself speaks. But at the same time an artist still needs to explain his work. You don't hear me talk much about something besides my work because I don’t want to get myself into trouble."

Liu's silent montages focus on individuals' weaknesses, their isolation even within the collective and their ability to endure without rebelling, participating themselves in the very system that oppresses them. This irony is depicted in the photograph above (n°18, 2006), in which a row of unemployed people is lined up as if for execution, blending into the grimy walls behind them on which can be seen the slogan ‘The essential force that drives our career is the Communist Party’.

Liu’s first sculptures were already a silent critique of the regime. Red fists, sometimes decorated with graffiti, hit the ground, children are taken by hands that cover their eyes. He used a similar concept in a poignant row of headless forms with red bodies and military outfits, their hands blocking their own vision to prevent them deviating from the dead-end they are heading into (see below).

"In China, nothing can be seen through completely. Our culture is a kind of thing that always locks people up in their minds in order to have them think less and have minimal thoughts," Liu continued. "I explain this work like this: It seems you cover the others’ eyes but you are covered by the others as well. It is not only because of the social system but a problem of Chinese culture."

Liu used the colour red to represent indoctrination by Communist ideology in a less obvious context, in photographs of himself camouflaged against plants, a series he calls "Leaf Men". These photographs "involve making individuals disappear – using paint – in the sunflowers. The individuals are reduced to the same state, the sunflowers can only grow thanks to the red sun. This is a way for me to express China’s red indoctrination and the brainwashing it carries out on its people," Liu said (See Photograph N° 90).

He has also sometimes portrayed individuals interacting with hand or eye contact, using this to enhance the impact of the power relationships he illustrates, as in this image (below) of bodies merging. The camouflaged artist is being restrained by a policeman whose eyes are open and staring straight ahead. He does not need to be camouflaged: his official uniform puts him squarely in the camp of the powers-that-be.

In the rare instances when he depicts contact between individuals, Liu uses it to lay bare social tensions. Bodies merge into Chinese flags with either a hammer and sickle or a semicircle of yellow stars. In the photograph above (n°44, 2006), a man whose head forms part of the Communist Party logo, meaning he is indoctrinated by its ideology, is strangling a man who, despite being red from head to toe, is nevertheless outside the logo and by implication, the ideology.

His family portraits have a similar theme. Generations come and go without any apparent revolt. Yet in photograph n°54 (2007), the youngest member of the family looks straight into the camera despite the camouflage paint on his face. Could this be interpreted as a sign of hope?

"Actually this kid didn’t want to close his eyes. I couldn’t have asked him to close his eyes no matter what I tried," Liu explained. "Then I realised I could use this as a symbol, keeping the eyes open might represent a new possibility. They [children] haven’t lived that long in the real world and haven’t been so deeply polluted by it. There should be the pursuit of future hopes experienced in my work."

Obama statues and baptism of fire

Liu used the occasion provided by the 2008 Olympic Games in Beijing to photograph himself merging into advertising posters, as well as inside the controversial Beijing National Stadium. The stadium, known as the ‘Birds’ Nest’, was designed by dissident Chinese artist Ai Weiwei who has now said he regrets his involvement in the project.

For Liu, the Games were no more than a pretext. "Having the Olympic Games has improved the image of China, but people barely know that the Olympic Games were held with the support of the entire country and its people. The preparation of the Olympic Games made a good excuse for China to avoid self-reflection," he commented. "The obsession with the deadline made China over-excited like after using drugs. Everything in my eyes is an excuse, an excuse for all the interest groups to obtain benefits."

Liu’s work echoes criticism of Chinese people’s own complicity in their oppression. Tu Wei-Ming, a professor of Chinese history and philosophy, said China suffers from "collective amnesia", and Ross Terrill, a China specialist at Harvard University, described the Chinese as giving "the impression of a deaf and blind history" (1).

But as Liu travelled, his work also began to turn a critical eye on contemporary Western consumer societies. His photographs depict the race for economic development, Western over-consumption and the invasive nature of construction.

In photograph n° 51 (2007) (), Liu’s body is camouflaged with the yellow and black stripes of a concrete motorway barrier. Below, he melts into supermarket shelves selling Chinese noodles and American sodas.

And in photograph n°53 (2007) below, Liu is almost indistinguishable from the earth around him, revealing the disintegration of nature as building work encroaches upon it. This photograph, he explained, "was done on the bed of the Chaobai River between Beijing and Hebei Province. Juxtaposing the building sites in the distance and the dried-up river bed is for me a way of expressing my doubts about China’s development."

When President Obama visited China, Liu forged steel sculptures of the man whom he identifies as a figure of hope, and set them alight, making them turn red.

"In Burning Obama, the use of fire – which is interpreted differently by different people – was very challenging. In reality I wanted this work to express something very positive," he recalled. "There is a book called How Steel is Smelted which has influenced several Chinese generations. There is also an ancient proverb that says that true gold cannot be smelted by fire. That means if someone has perseverance, ability and he is not afraid of being put to the test, or if someone wants to succeed, he must overcome these difficulties.

"Obama became president of the United States at the end of 2008 in the middle of a world economic crisis. He has faced up to major tests and must make big efforts to deliver results. In addition, the fact that America, a country governed in majority by whites, elected a black man as president is a signal to the world, a sign that the world is going to change radically."

1: "The Chinese have their ways of communicating even if they are not the West’s ways. The Chinese habit of saying nothing about momentous occurrences gives the impression of a deaf and blind history." (From Madame Mao, the White-Boned Demon, by Ross Terrill, Stanford University Press, 1999, revised 2000).

A free artist, but one lost in art?

Liu admits he is no longer the struggling dissident artist he once was, thanks to international recognition. "My identity is as a free artist – I used to be a tutor of art at university. In China, I have been struggling for freedom of artistic creation, fighting for my destiny. Currently I live in an artists' compound in Beijing, I happily enjoy every day of my work in realising my own artistic ideal," he explained.

"Hiding in the City was an emancipation of my constrained life and mind after I just moved to Beijing. In China, contemporary art has been developing half underground. In the first few years before the 798 Art District became internationally known, it was based on local artists' developments.”

However, he now faces different pressures: "The Chinese art scene has become well established along with social and economic development and made room for an artist like me to survive. But I still face troubles as an artist now. Before there were the pressures caused by the government and now I’m losing my obsession with the art because of a wealthy living condition."

Now that Chinese artists are in vogue, they may be tempted by an Andy Warhol-like desire to rake in the cash. Liu himself has not shunned involvement with advertising and major design labels, and does not distinguish these commissions from his personal work. He has worked with the luxury Swiss watchmaker Oris and French bank Société Générale (click on video below).

In an exhibition in New York, Lost in Art, Liu turns his attention to the fashion world using his camouflages on haute couture designs (click on video below). Arguably, the series may have more effect without the logo of its partner, Harper's Bazaar.

Asked if he is not at risk of destroying the power and reach of his creativity with this commercial turn, Liu replied at unusual length: "That does not worry me. When I create a work, whatever it is, it always has its own artistic origin. When I work with fashion labels and when I make their designers disappear in their own work, in reality I am speaking about the destiny of people. Just like climbers who die at the top of a mountain or sailors who drown at sea, designers disappear in the brands that they have spent their entire life creating."

"It is also an opportunity, in a way," he continued. "If the public is worried about me it is only because it is famous brands. But when I made a Chinese taxi driver working on the black disappear in front of his taxi, or a street food seller who had worked at that all his life disappear in front of his stall, it was the same idea. But the people were not famous, so nobody noticed it. That is the only difference."