Claude Lévêque, extinction du domaine de la lumière


par Mediapart

Avec Basse tension Claude Lévêque plonge sa galerie dans la limite de l’extinction lumineuse. Installation en 4 actes, l’artiste y fait se rencontrer les opposés: menace-attirance, obscurité-lumière, présence-absence, grave-aigu, masse-légèreté, souillure-pureté, Eminem-Tchaïkovski-Baudelaire. On fantasmait sur les oiseaux d’Hitchcock, on subit les parapluies noirs de Lévêque, renversés, lacérés au cutter et vibrant les uns contre les autres au rythme d’un bruit puissant de porte défoncée, réagissant au souffle d’un vent menaçant, en boucle. Acte 2: la lumière noire (anti-lumière) semble engouffrer la masse (des wagons de déportés?), un plateau de 750 kg alliant bois et acier soutenu par des chaînes aux maillons épais. 36 tubes blancs s’élèvent dans l’air sombre (des cierges?) au-dessus des draps blancs froissés, ultime preuve d’une pureté et d’une présence appartenant aujourd’hui au passé. La disposition des éléments oblige le spectateur à tourner autour de l’œuvre, façon marche funèbre athée.

Le déplacement et le parcours sont essentiels dans l’œuvre de Claude Lévêque, qui se définit parfois comme un «cinéaste frustré». Là où le spectateur reste souvent passif et contemplateur, Claude Lévêque nous confronte à ses «zones de réactivités» que l’on contourne, pénètre, affronte et frôle, comme un travelling permanent. La marche, on la retrouve dans l’acte 3 de l’exposition. L’enclos style bétail oblige à longer le mur, comme en prison. Au centre un tutu à terre (vulnérable, protégé, isolé?) sous des projecteurs bienveillants ou pas. Des rires s’imposent sur la boucle souillée du Lac des cygnes et nous rendent complices de la scène que l’on observe passivement (la chute).

Après quelques pas plongés dans une obscurité mais guidés par une arrivée lumineuse et bruyante (la rencontre chaotique des sons), on découvre l’impasse aveuglante: Lose myself, en néon sur le mur. Mis en embuscade (un classique de l’artiste), Eminem est dans la salle et nous crache au visage (un classique du rapeur de Detroit) sa vérité: l’échappée n’est pas à l’ordre du jour. «I’m not afraid», dit son dernier tube.

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