Chaz Bojorquez: les lettres de noblesse de Los Angeles


par Mediapart

Collier de fleurs dans la mâchoire, gouffres obscurs au niveau des yeux, croix gravée sur le front: les vanités de Chaz Bojorquez rendent hommage aux home boys qui se sont fait refroidir. A la manière d’un DJ de gangsta rap latino, Chaz Bojorquez sample les cultures: la mélodie de base est mexicaine (la peinture religieuse, les rites et l’esthétique de la journée des morts), avec des sonorités asiatiques (la maîtrise du geste) secouées par des beats américains (le graffiti, la culture hippie).

L’œuvre monochrome de Chaz Bojorquez est sombre. Ses calligraphies lacèrent les toiles et les murs en grand format. Demi-cercles qui se finissent en pointes, “M” barrés, croix, guillemets…: le style de Chaz est légendaire dans les milieux de la calligraphie, du tatouage et du graffiti. «Pourquoi on dessine? Parce qu’on a quelque chose à dire.» Tracées au pinceau de gauche à droite, toujours en ligne, les lettres noires se succèdent, s’entrechoquent ou se repassent. Sans jamais être liées, bien qu’elles forment des mots. «C’est un dialogue, parfois pacifique, parfois violent», décrypte l’artiste. Un langage en argot façon cado, mix d’anglais et de mexicain autrefois parlé dans les barrios, quartiers latinos de L.A.

«Notre histoire est faite d’oppression, de racisme et de pauvreté, c’est de ça que parle mon travail.» Issu d’une famille d’immigrés venus travailler aux Etats-Unis, Chaz n’était pas complètement mexicain et encore moins américain aux yeux de certains. Il se crée alors une identité: «Je me suis battu pour le terme chicano.» Elevé dans un quartier défavorisé de Los Angeles, Chaz fait ses armes dans le Cholo graffiti utilisé par les gangs latinos pour le marquage des territoires. Un art mal famé que Chaz a fait rentrer au musée. Rencontre.

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